06/07/19 (Flashback)

Je me réveille après une nuit assez courte. La chaleur dans la petite chambre que je partage avec deux autres femmes m’a empêché de fermer l’œil. Je suis la première à me lever et à descendre petit déjeuner.

Après avoir pris des forces, le groupe se réunit devant les boxes où les chevaux ont été placés spécialement pour nous éviter d’aller les chercher dans les différents paddocks. Julien forme cinq binômes composés d’un débutant et d’un expérimenté ou de l’organisatrice du séjour. Cela me fait toujours bizarre que Julien me considère comme une « expérimentée ». Quand la maîtresse demande à ses élèves de se mettre en groupe, l’écolier se tourne naturellement vers ses copains. Manque de bol, je me retrouve avec la personne avec qui je souhaitais le moins travailler. Je n’ai rien contre cette dame. Cependant, je me sens moins à l’aise avec. Notre hôte (une femme très aimable et excellente cuisinière) distribue les licols. J’en saisis un. Julien me rappelle à l’ordre gentiment en évoquant mon habituel impatience et me prie de l’écouter. Les débutants doivent préparer les chevaux sous la supervision des plus débrouillards. Je prends mon rôle très à cœur et ignore mes impressions vis-à-vis de mon binôme, qui ne sont même pas fondées. Nous terminons de préparer notre petite jument dont la taille m’attendrie : je n’ai pas l’habitude de monter de si petits chevaux.

Enfin la carrière. Les débutants sont les premiers à monter à cheval pour travailler au pas. Les anciens les accompagnent à pied. Encore une fois, me mettre dans la peau d’une monitrice me fait tout drôle, surtout que je ne suis pas pédagogue de nature. Cependant, je m’étonne de voir l’aisance que j’aborde lorsque je donne les consignes. C’est à mon tour de monter pendant que mon « élève » m’accompagne. Aïe, la jument a l’air vif. Je m’éloigne de mon binôme, indépendamment de ma volonté. Je l’appelle mais elle ne m’entend pas. Enfin, c’est ce que je crois. Quelques instants plus tard, elle revient vers moi accompagnée de Marie*, la femme à Julien. Celle-ci m’explique que je ne dois pas l’abandonner et que l’exercice à deux est important. Je réplique en justifiant que ce n’était pas mon attention et que je ne comptais pas me la jouer solo. Ma première impression sur cette débutante était-elle la bonne ? Julien nous demande ensuite de nous séparer de nos camarades afin de trotter et galoper. J’ai du mal à orienter la jument, elle préfère suivre les copains au trot ou au galop. Voyant que j’ai des difficultés à capter son attention, Marie se focalise sur moi. Sa précieuse aide me permet de réussir les exercices de Julien.

L’heure de la pause arrive. Évidemment, je ressens la faim que lorsque je descends de cheval. Nous allons manger à l’ombre des arbres. Pendant que je place les couverts, je remarque la piscine juste à côté. C’est la première fois que j’en vois une depuis qu’on m’a diagnostiqué l’épilepsie. J’observe mon amie et un autre cavalier en maillots de bain, près à aller barboter dans l’eau. Oh, ce n’est pas grave, les piscines ne me manquent pas tant que ça, après tout. Je me rabats sur une balançoire en me demandant si elle ne va pas céder sous mon poids d’adulte. J’en n’avais pas fait depuis mes douze ans. À cette époque là, j’en n’étais déjà plus trop fan. Je suis donc surprise de retrouver la sensation que j’avais quand j’étais gosse. C’est la douleur au niveau des hanches qui me rappelle que j’ai grandi et grossi depuis et me signale que je dois m’extirper de la balançoire. Je rejoins les quelques personnes qui sont déjà à table. Nous connaissant déjà auparavant, ces mecs me taquinent sur mon âge et ne sont pas étonnés que je suis allée faire de la balançoire.

Après avoir mangé avec appétit (je signale que c’est la première fois que j’arrive à bien manger après une séance avec Julien), les « expérimentés » se rendent à la carrière tandis que les autres resteront près des boxes pour un cours théorique dispensé par Marie. Je monte une jument grise. Contrairement à moi, elle a l’air sûr d’elle et sait ce qu’elle veut. Cependant, elle est aussi têtue que moi. Ce comportement me fait bien rire. Nous réussissons à trouver un terrain d’entente puis prenons plaisir à galoper ensemble, tellement de plaisir que j’oublie ma peur de la vitesse. C’est dingue, pour la première fois je me laisse aller et ne me crispe pas. Ravie d’avoir réussi à ne pas me laisser envahir par la peur, je me rends avec les trois autres cavaliers au manège pour des exercices avec des barres au sol. J’ai une légère appréhension : malgré la confiance que me procure ma monture, je n’oublie pas que j’étais angoissée par ce type de travail depuis ma chute après un obstacle, avec Julien. Je suis celle ayant le plus de difficultés à contrôler le rythme et rester sur la piste. Le point positif est que j’amuse la galerie en répétant à voix haute les conseils de Julien qui s’égosille la voix, exténué par mes bêtises.

Le cours se termine. Nous douchons nos chevaux. J’en profite pour confier à mon amie que c’est la première fois que je me sens fière de moi après une séance. « Enfin ! « , dit-elle. Nous nous douchons à notre tour puis rejoignons les autres à table où on se presse de manger avant l’arrivée de l’orage. Nous réussissons à rentrer quelques minutes avant la tombée de grêlons puis prenons notre dessert. La soirée se termine sur des jeux de carte. Je finis par abandonner mes compagnons de jeux après une partie pour retrouver mon lit. Je m’endors, ravie et fière de mon progrès.

Amy C.

*Prénom changé

05/07/19 (Flashback)

En ce vendredi après-midi, je me prépare à quitter Paris via la Gare d’Austerlitz. J’ai pris soin de faire ma valise la veille car j’avais pris la fâcheuse habitude de la faire peu de temps avant d’aller prendre les transports, ce qui parfois me mettait en retard. Avec ma fidèle bombe accrochée à ma petite valise, j’emprunte la sortie « Quai d’Austerlitz ». Je consulte le tableau des départs et essaie de reconnaître une silhouette familière. Personne. Je dois être la première, le rendez-vous est fixé à 17h15. Après plusieurs dizaines de minutes d’impatience, j’aperçois une amie avec qui je monte de temps en temps depuis mes débuts. Je retrouve progressivement l’organisatrice et les autres membres du groupe dont quelques connaissances.

C’est parti pour quatre heures de trajet jusqu’à un petit village près de Bourges. Je sympathise avec les débutants et échange mes dernières nouvelles avec les plus anciens. Rapidement, on m’identifie comme le « bébé »du groupe. Je suis la plus jeune, et certainement la plus excitée par ce voyage. Je me détends enfin : mes problèmes personnels et l’attente des résultats des partiels m’avaient mis à fleur de peau.

L’ odeur de crottins m’indique que nous sommes arrivés à l’auberge qui se situe dans l’écurie. En sortant de la voiture, j’aperçois les chevaux. Je sens que je vais passer un super week-end…

Amy C.

27/08/19

Aujourd’hui, je suis de retour dans ma chambre près de Paris. C’est la rentrée. Je retrouve l’une de mes amies qui me redonne tout de suite le sourire. Entre la réunion, la paperasse, la réinstallation et les courses, je n’ai pas une minute à moi. Tout au long de l’après-midi, je croise des connaissances et des camarades de classe avec qui je prends le temps de bavarder vacances et bon temps. Je m’étonne de me voir si décontractée et relâchée.

Entre deux exercices d’évacuation d’incendie, je papote avec un bon copain. La première chose qu’il me demande est si j’ai pu monter à cheval cet été. « Bien sûr que oui », réponds-je. C’est la même réponse que j’ai donné à une copine que j’ai revue cet été, un an après notre dernière rencontre. Depuis, je me pose des questions sur ma propre personne : « Suis-je une cavalière, juste une cavalière ? » Quand je rencontre une nouvelle personne, l’équitation est l’un des premiers thèmes que j’aborde en me présentant. Pour ceux qui me connaissent depuis longtemps, je me débrouille toujours pour parler cheval à un moment donné. Mes professeurs ne sont pas non plus épargnés, si bien qu’on m’associe à l’équitation dès qu’on parle de moi. Ce « comportement obsessionnel » me gêne. En effet, malgré moi, je me mets à la place de mon interlocuteur qui doit penser : « Mais elle en n’a pas marre avec ses chevaux ? ». J’essaie donc de me calmer et freiner mon envie de parler de moi. Oui, car en plus, j’adore parler de moi, c’est l’un de mes plus gros défauts et je travaille pour moins utiliser « Moi, je » ou « Moi, j’ai ».

Depuis un an et demi, j’ai l’impression que l’équitation fait partie de mon identité. À croire que j’ai commencé à vivre à 20 ans. Ce sport, en si peu de temps, a pris une grande place dans mon quotidien, mes pensées, ma vie.

Amy C.

23/08/19

Encore un rêve. Aujourd’hui, je me lève assez tard après une nouvelle nuit courte. J’ai fait un rêve que je pourrais qualifier d’angoissant (du moins, c’est ce que j’ai ressenti sur le moment)…

Nuit du 22/08/19 au 23/08/19

Je me tiens debout face à un paysage dévasté. La guerre vient de se terminer. Habillée en tenue de cross, je me prépare à concourir pour cette étape du complet. Chevaux et cavaliers sont nombreux au milieu de fumée et de constructions détruites. Il n’y a aucune installation, chaque couple et son équipe essaient de se faire une place dans le carré d’herbes qui nous sert de point de rendez-vous. Moi, je suis seule : pas de cheval, pas d’équipe. Enfin, c’est ce que je crois. Je me sens perdue et hésitante. J’écoute les instructions et essaie de trouver la monture qui m’a été attribuée pour cette épreuve. Je me dirige vers un grand Bai déjà préparé et le monte car mon départ est imminent. Avant de démarrer le galop, j’aperçois Julien entouré de quelques personnes. Je l’entends vanter mes qualités de cavalière auprès de ses compagnons. C’est la première fois qu’il se réjouit autant de me voir sur un terrain de concours. Je souris, mais rapidement je me rends compte que quelque chose ne va pas. Je ne me sens pas à l’aise sur ce cheval, il n’est pas fait pour moi et je ne suis pas faite pour lui. Notre couple ne fonctionnera pas. Julien, voyant que le cheval et moi sommes en désaccord, commence à me réprimander. Une femme accourt vers moi et m’explique que je n’ai pas pris le bon cheval. Je devais emprunter un Café au lait que je connaissais déjà et avec qui j’ai instauré une certaine complicité. Zut. C’est trop tard, je dois continuer avec le Bai tandis que le Café au lait est déjà avec une autre concurrente.

Bon, ça veut dire quoi, ça ? Je n’ai jamais fait de cross, du moins pas encore. Et pourquoi organiser un concours juste après la fin d’une guerre ? Est-ce une référence aux origines militaires de l’équitation ? Ce rêve m’a choquée, mais en le décryptant, il me paraît plus compréhensible : j’ai très envie de tester le cross et le complet. Julien était un compétiteur de complet. Mon hésitation ferait écho à mon ignorance de cette discipline. De plus, le concours dans ce rêve avait plus une allure de course hippique désordonnée, ce qui renforce l’idée de l’ignorance. Au début du rêve, je me sentais seule, avant que Julien et d’autres personnes ne soient arrivés. Est-ce parce que je me serais précipitée ou aurais-je decidé de concourir sans les attendre ? En réalité, j’ai la vilaine manie de vouloir mettre la charrue avant les bœufs : dans mon parcours équestre, j’ai commencé les compétitions relativement tôt dans mon club, alors qu’initialement, Julien et moi avons décidé de me lancer dans la compétition durant ma deuxième année de travail avec lui. Pourquoi me suis-je trompée de cheval ? Le Bai et le Café au lait n’étaient pas très éloignés l’un de l’autre. Étant malvoyante, je pensais qu’on me désignait le Bai. De plus, je n’ose pas poser deux fois la même question, ce qui expliquerait pourquoi je me suis dirigée vers le mauvais cheval malgré mon hésitation.

Depuis mon stage à Arcachon, c’est le quatrième rêve que je fais sur l’équitation et dont je me souviens. Je pense que cela traduit mon besoin de remonter à cheval. Ma dernière séance date d’environ trois semaines et je remonte qu’en octobre. Ces rêves ne sont pas horribles, mais je remarque qu’au fur et à mesure, le dernier me procure un sentiment d’angoisse plus important que le précédent…

Amy C.

22/08/19

Hier soir, je me suis endormie avec la promesse de me lever à sept heure, nuit blanche ou non. Cela faisait environ une semaine que j’ignorais mon réveil. Aujourd’hui, cette petite victoire me donne la pêche et me permet de bien commencer la journée. Depuis 17/08/19, j’essaie de réalimenter ma positivité dès que je sens une baisse de régime.

Après un petit déjeuner bien vitaminé, je pars faire des courses. Cela faisait deux jours que je n’étais pas sortie de chez moi, ce qui m’a paru être une éternité. Pour la première fois, je me réjouis à l’idée de faire les trente minutes de marche qui sépare mon appartement du Lidl le plus proche. Contrairement à d’habitude, plutôt que de me précipiter pour perdre le moins de temps possible, je décide de considérer cette sortie comme une balade. J’évite de regarder l’heure et profite du soleil. Je ne me suis jamais sentie aussi au calme et confiante sur un trajet et me surprend à sourire. Je crois que ce changement d’attitude s’est vu car plusieurs personnes me saluent sur mon chemin. Jamais autant d’inconnus ne s’étaient donnés la peine de me dire bonjour en si peu de temps. Certains regards (plus ou moins insistants…) se sont retournés sur moi. Je trouve cette scène assez surréaliste : je sais que la confiance en soi d’une personne peut transparaître, mais à ce point là ! J’ai l’impression d’avoir un aura autour de moi. En rentrant, je me place devant mon grand miroir et me mets à vérifier ma tenue, mon visage et mes cheveux afin d’y dénicher toute anomalie qui m’aurait échappée. Je n’ai rien d’anormal, je ressemble à celle que je vois chaque matin au réveil.

Partager mes réflexions n’est pas étrangé à ce bien-être mental. À l’instar de l’équitation qui me sort la tête de l’eau et qui me fait comprendre que ma vie vaut la peine d’être vécue, écrire mes récits quotidiennement me donne l’occasion de me poser quelques instants afin de me libérer l’esprit. Toutes mes interrogations prennent de la place et me font mal à la tête. Ainsi, le besoin d’écrire se faisait sentir, ma tête me suppliait de l’alléger. C’est depuis plusieurs mois que j’ai ressenti ce besoin, mais j’ignorais les demandes de mon esprit sous prétexte, encore une fois, que je n’avais pas le temps. Je pensais qu’écrire serait juste un loisir et que je pouvais m’en passer, avant que ceci se révèle être un véritable remède pour mes maux.

Amy C.

21/08/19

Aujourd’hui a lieu le championnat d’Europe de Para-Dressage en individuel, à Rotterdam. Étant abonnée à la chaîne YouTube de la Fédération Equestre Internationale, je saute sur la notification qui m’alerte de sa diffusion en direct. Je tombe sur la reprise d’une cavalière et essaie de déterminer la nature de son handicap. Les indications sonores m’indiquent qu’elle est peut-être mal ou non-voyante. Également déficiente visuelle, je ne peux m’empêcher de me questionner sur mon propre cas. Dans quelle catégorie devrais-je concourir ? Que ce soit dans le monde de l’équitation ou non, je n’ai jamais su me positionner car cet handicap ne m’empêche pas d’avoir une certaine autonomie : je vois suffisamment pour me déplacer sans aide le jour, mais pas assez pour me passer d’une canne blanche la nuit tombée. De plus, je reconnais plus les gens par leurs silhouettes, leur vêtements et leurs voix, plutôt que par les traits du visage.

Mon handicap ne se remarque pas aux premiers abords. Ainsi, beaucoup de personnes ne comprennent pas que je puisse parfois être en difficulté. C’était le cas pour quelques personnes de mon centre équestre, ce qui explique pourquoi je ne suis pas toujours à l’aise avec certains moniteurs. En même temps, je n’ai pas pris le temps de leur expliquer franchement mon problème de vue, je pensais que celui-ci passerait inaperçu. Cependant, la réalité est toute autre. Je faisais parfois face à des situations assez gênantes, où je ne pouvais pas cacher ce problème. Je peux citer les fois où on me surprenait en train de tâter le matériel de la sellerie, les fois où on me montrait du doigt un tracé que je n’arrivais pas à reproduire, ou encore les moments où je ne reconnaissais pas la cavalière qui m’avait prêté tel matériel… Je préférais donc me mettre en difficulté plutôt que de dévoiler mon handicap. Évidemment, mes tentatives de dissimulation n’étaient pas concluantes. Je qualifierais cet échec de positif et négatif à la fois. En effet, certains moniteurs se sont adaptés facilement afin de me permettre de faire le même travail que les autres, tandis que d’autres ont mis plus de temps à comprendre mes difficultés de vision. Je me demande même si ces derniers pensaient que je simulais mon handicap ou que je ne faisais aucun effort afin d’obtenir l’aide d’autrui. Cette idée me fend le cœur car je me sentais déjà extrêmement dépendante des moniteurs ou cavaliers qui me donnaient de l’aide. Je déteste être dépendante de qui que ce soit et même recevoir de l’aide. C’est idiot de penser ainsi car il n’y a rien de mal à obtenir un coup de pouce, au contraire, reconnaître ses propres limites est un comportement intelligent. Malheureusement, j’ai grandi avec l’idée que demander de l’aide signifierait que je ne suis pas capable de me débrouiller seule, et aujourd’hui j’ai du mal à me défaire de cette pensée négative.

Pourquoi ai-je voulu cacher ma déficience visuelle ? Mon parcours équestre est assez atypique : j’ai commencé l’équitation en mars 2018 avec Julien, dans ce même centre. Julien venait au club un ou deux jours par mois pour dispenser son enseignement autour de l’équitation sensitive et sans la vue. C’est dans ce contexte que je l’ai rencontré. Tombée amoureuse de ce sport, je décidai de m’inscrire aux cours débutants afin de monter à cheval chaque semaine. Ma progression m’a permis de valider mon Galop 2 durant l’été 2018, puis de monter avec les Galops 2 pendant deux mois avant qu’on m’ait proposé de rejoindre les Galops 3. Ainsi, en quelques mois je changeais plusieurs fois de niveaux et rencontrais de nouveaux cavaliers. À l’école, tous les regards se tournent vers le petit nouveau de la classe. J’étais le petit nouveau. Je ne souhaitais donc pas me faire remarquer davantage avec mon handicap et qu’on me stigmatise comme « l’handicapée », comme ce fut le cas durant ma scolarité.

Mon malaise face aux moniteurs s’est amplifié quand j’ai commencé à concourir : pour mon CSO, j’avais demandé, en amont, à plusieurs d’entre-eux si c’était possible d’avoir droit aux aides sonores, alors que moi-même je ne savais pas si les difficultés que j’ai eu lors d’un entraînement étaient dues à ma faible vision ou à mon manque d’expérience. On me proposa des solutions qui n’étaient pas adapter à ma situation : rappelons que je suis malvoyante, pas aveugle. Sous les conseils de Julien, je décidai de transmettre ses coordonnées aux organisateurs du concours afin de les aider à trouver une aide qui me conviendrait. Ce fut lors de mon passage le jour-J que je remarquai l’absence de l’aide en question. Heureusement, une monitrice fut présente dans un coin de la carrière pour veiller sur les concurrents de petits niveaux. Au moment de quitter la carrière, la monitrice me félicita et me fit comprendre que finalement, je n’avais pas besoin d’adaptation et que je m’en étais bien sortie pour un premier CSO,. Je me souviens avoir eu l’envie de lui répondre « C’est une blague ? ». Après la remise des prix, une autre monitrice m’interpella pour m’expliquer qu’elle avait reçu un mail de Julien et que ceci ne lui avait pas plu. Elle me reprocha de ne pas avoir parler de mon besoin d’adaptation et que je ne devais pas faire appel à un moniteur extérieur. Encore une fois, « C’est une blague ? » Je crois que je n’ai pas besoin de préciser que cette discussion à jeter un petit froid sur mes relations avec ce club…

Cette expérience me fait comprendre une situation inédite : soit je suis aveugle, soit je ne le suis pas. Voilà ce que je peux être aux yeux de la société qui a parfois du mal à comprendre qu’une personne malvoyante peut se balader avec une canne tout en consultant son téléphone. Désolée, Société, mais tu n’arriveras pas à me mettre dans une case.

Alors, handisport ou non ? Après le CSO et mon premier concours de dressage qui a eu lieu trois mois après, je ne trouve pas de réponse à cette question. Cependant, je suis sûre d’une chose : si je souhaite concourir avec les valides sans aides quelconques, je vais devoir redoubler d’effort, comme je l’ai fait en primaire, au collège et au lycée. Jusqu’à présent, réussir là où mes problèmes de santé ou mon handicap auraient pu me faire échouer, est ma plus grande fierté.

Amy C.

20/08/19

Ayant merveilleusement bien commencé la semaine, je suis ravie de constater que mon optimiste soit toujours au rendez-vous. Aujourd’hui, je reste tranquillement à la maison où j’alterne travail, cours, blogs et tâches ménagères. Je réussis même à faire une petite sieste. Cela faisait longtemps que je n’avais pas aussi bien dormi.

Ecrire 20/08/19 me permet de revenir sur un drôle de rêve que j’ai fait hier soir. Encore une fois, j’étais en pleine séance d’équitation avec Julien, avant de retrouver ma meilleure amie pour rentrer sur Paris. Ce rêve était vraiment étrange, on aurait dit une version plus sombre de mon séjour à Arcachon : vu la couleur du ciel, je pense que nous étions en fin de journée. Je montais un cheval prénommé Radis, que je ne connais pas en réalité. Il était gris, comme l’une des juments que j’ai monté près d’Arcachon et avec qui je m’entendais bien. Cependant, la personnalité de Radis ressemblait plus à celle de l’autre jument qui m’a donné du fil à retordre au départ. Dans ce rêve, j’avais énormément de mal à monter Radis. C’était un choix de Julien, qui, comme avec la jument réelle, souhaitait me faire travailler avec des chevaux moins réceptifs. À la fin de la séance, plusieurs cavalières accouraient vers moi pour me demander pourquoi est-ce que Julien me faisait monter des chevaux que personne ne voulait monter. Il me semble avoir répondu qu’il avait sans doute de bonnes raisons et que je lui faisais confiance, pour ne pas dire, par peur de paraître trop prétentieuse, que Julien me jugeait apte à monter de tels chevaux. Après avoir quitté le centre équestre, je partais rejoindre ma meilleure amie afin de quitter l’hôtel. Cette dernière n’était pas prête et ne se pressait pas : elle n’hésitait pas à prendre son temps sous la douche et se fichait de moi. Énervée, je décidai de la laisser et partir seule, avant de revenir sur ma décision. Nous avions fini par rater l’autocar qui devait nous ramener en région parisienne.

Ce rêve me rend perplexe, je ne sais pas quoi en penser. Par rapport à la réalité, tout est amplifié, que ce soit ma difficulté lors de la séance ou l’agacement que j’ai ressenti face à mon amie. Je n’arrive pas à comprendre sa signification et quel message il veut me délivrer. Julien m’a-t-il surestimé ? Me suis-je montrée trop stricte envers mon amie ? Ce rêve me laisse sur ma faim.

Amy C.

19/08/19

Une belle journée s’annonce : au menu, déjeuner et balade à Paris avec une amie du collège/lycée. Revoir le soleil briller et enfiler une nouvelle veste m’ont mise de bonne humeur. Cependant, ces petits bonheurs du quotidien ne suffisent pas à expliquer mon bon état d’esprit. En effet, écrire 17/08/19 m’a particulièrement fait du bien. Coucher et extérioriser mes pensées m’ont permis de me vider la tête, mais surtout d’appliquer mes propres mots et me donner les moyens de ne pas broyer du noir. Ces mots sonnent à mon oreille comme une promesse que je fais à moi-même.

Dans le RER, je navigue entre mon travail et mes cours que je dois réorganiser pour préparer ma très prochaine rentrée scolaire. Je dois avouer que je ne me sens pas prête à reprendre les cours. Je me console en me disant « qui dit rentrée, dit reprise de l’équitation ». Je suis excitée rien qu’à l’idée d’y penser, surtout que je revois Julien pour un concours en octobre. Finalement, même si je me montre impatiente de commencer l’année équestre, je trouve que c’est une bonne chose que je reprenne les séances qu’en octobre. Le mois de septembre sera plus léger, ce qui me permettra d’aborder l’année 2019-2020 en douceur.

Je retrouve mon amie à Paris. Nous mangeons et flânons au quartier Montmartre en racontant nos dernières nouvelles. C’est la première fois depuis longtemps que j’arrive à me détendre complètement. Je laisse toute limite de temps de côté, et profite de l’instant présent et de la vue que m’offre le Sacré-Cœur, sans modération. Cependant, n’est-ce pas dommage que je n’arrive à profiter de mes vacances que maintenant ?

Même dans ces instants où je me laisse aller, je ne cesse de penser aux chevaux. J’ai clairement ce sport dans la peau, j’y pense nuit et jour. Je fais part de ce constat à mon amie et me souviens que, hier encore, j’en parlais à mes collègues. Ceci ne devrait pas me surprendre, car l’équitation est pour moi le robinet qui permet de délivrer ma dose d’oxygène. À croire que j’ai commencé à vivre à 20 ans.

Notre balade se poursuit au Jardin des Tuileries, où nous finissons notre virée parisienne sur une note gourmande : granité pour l’une, barbe à papa pour l’autre.
En rentrant chez moi, je me sens d’attaque à appeler mes parents et mes frères, et à me replonger dans mes cours. Je ne pensais pas être capable d’y retourner avec enthousiasme et efficacité. Désormais, c’est avec plus de sérénité que j’envisage ma rentrée scolaire. Merci 19/08/19, j’ai passé une bonne journée.

Amy C.

17/08/19

C’est avec la pluie que je me lève ce matin. Le programme est chargé : récupération de colis, ménage, coiffure, réunion… Dans ce marathon, je m’octroie une pause pour rendre visite à celle qui m’a supportée durant notre sejour à Arcachon. Ensemble, nous revivons notre voyage en énumérant les points positifs et négatifs. Je me souviens avoir pas mal ennuyé mon amie avec mon désir de monter à cheval. Elle me reprochait même de privilégier mon stage au détriment de nos visites touristiques. Nous nous sommes pourtant mises d’accord en amont : moitié cheval, moitié visite. Elle m’a accompagné durant les premières séances, avant de décider de prolonger ses nuits quand je partais le matin. Pour passer plus de temps avec elle, j’ai réduit ma dernière séance à une heure, et je ne regrette pas cette décision. Celle-ci nous a permis de profiter de la dune du Pilat durant quelques instants. Me suis-je montrée égoïste ? Pas cette fois-ci. Dès le départ, je me suis fixée des limites avec Julien : nos séances n’ont pas dépassé les deux à quatre heures de séances par jour.

Solitaire et souvent occupée par mes nombreuses activités, j’accorde peu de temps à mes amis. Quand je ne suis pas en train de courir après le temps, j’aime être seule, ce qui est, cependant, un luxe que j’ai aussi du mal à me payer. Un tel comportement peut paraître égoïste ou malheureux, mais rappelons que nous n’avons pas tous la même définition du bonheur. La solitude permet de mieux me connaître, de réfléchir et de faire un retour sur moi-même. Ceci m’aidera à apprendre à m’aimer et à m’assumer, c’est essentiel pour que je puisse enfin me définir comme une personne heureuse. En tant que jeune adulte, j’ai encore du mal à faire abstraction du regard des autres. Sartre disait que « l’enfer c’est les autres », mais c’est aussi nous-même. Nous devons être capable de ne pas se laisser déstabiliser, tenir tête face aux jugements, et être en accord avec nous-même. J’aimerais me réveiller un jour et me dire « aujourd’hui, je vis pour moi, pas pour les autres ».

Mon amie et moi discutons du bienfait que m’a apporté ce stage d’équitation. Pour la première fois, je me suis sentie fière de moi, fière d’avoir réussi à me relever après une période relativement difficile. C’est dingue tous ce qu’on peut faire quand on a confiance en soi ! C’est également la première fois que j’accepte les compliments de Julien sur ma progression, ma technique et mon travail, ce qui m’a fait le plus grand bien. Cette attitude, j’aimerais l’avoir au quotidien et être capable de reconnaître mes qualités, afin de changer le regard que j’ai sur moi. Je veux arrêter d’être un danger pour moi et de m’auto-détruire, personne ne m’aimera à ma place. Voilà mon but, voici ma définition du bonheur.

Amy C.

16/08/19

Aujourd’hui, le soleil et la chaleur sont de retour. Je m’apprête à retrouver des amis près de Paris. Tranquillement installée dans le RER, je repense au rêve que j’ai fait le lendemain soir de mon retour en région parisienne : Julien faisait cours à d’autres cavaliers et à moi. Ces cours là ne ressemblaient en aucun point à la réalité. En effet, Julien nous enseignait les maths, à cheval. Ce Julien avait l’air résigné et lassé, comme s’il nous faisait cours à contre cœur. Quant à moi, dans ce rêve, je n’avais aucune envie d’être là et disais à Julien que je ne voulais pas faire ses exercices de maths. J’ai fini par les faire, sous ses ordres et malgré ma volonté.

Ce rêve m’a assez perturbée et m’a réveillée en plein milieu de la nuit. J’essaie de comprendre sa signification : connaissant Julien, je crois qu’il est difficile de trouver plus passionné par les chevaux que lui. Il n’abandonnerait pour rien au monde l’idée qu’il se fait de l’équitation et du respect de l’animal. Je sais que, dans son parcours pour partager son enseignement à travers toute la France, on lui a mis des bâtons dans les roues. J’en ai même payé les frais durant mon CSO de février. Le rêve représenterait ainsi les obstacles qu’il a rencontrés : les maths feraient référence à l’enseignement traditionnel. à l’Education nationale qui instaure le même programme scolaire dans chaque école publique. J’ajoute que j’ai toujours détesté cette matière, ce qui expliquerait pourquoi je ne voulais pas faire les exercices dans le rêve. Julien résigné et lassé montrerait son abandon de véhiculer ses valeurs face à une aussi grande institution, admise par tous. Il aurait donc fini par se plier aux enseignements traditionnels de l’équitation.

J’espère que Julien et son association arriveront à atteindre leur but. Ils m’ont pris sous leurs ailes, j’espère être capable de leur rendre l’appareil un jour.

Amy C.