
Je me réveille après une nuit assez courte. La chaleur dans la petite chambre que je partage avec deux autres femmes m’a empêché de fermer l’œil. Je suis la première à me lever et à descendre petit déjeuner.
Après avoir pris des forces, le groupe se réunit devant les boxes où les chevaux ont été placés spécialement pour nous éviter d’aller les chercher dans les différents paddocks. Julien forme cinq binômes composés d’un débutant et d’un expérimenté ou de l’organisatrice du séjour. Cela me fait toujours bizarre que Julien me considère comme une « expérimentée ». Quand la maîtresse demande à ses élèves de se mettre en groupe, l’écolier se tourne naturellement vers ses copains. Manque de bol, je me retrouve avec la personne avec qui je souhaitais le moins travailler. Je n’ai rien contre cette dame. Cependant, je me sens moins à l’aise avec. Notre hôte (une femme très aimable et excellente cuisinière) distribue les licols. J’en saisis un. Julien me rappelle à l’ordre gentiment en évoquant mon habituel impatience et me prie de l’écouter. Les débutants doivent préparer les chevaux sous la supervision des plus débrouillards. Je prends mon rôle très à cœur et ignore mes impressions vis-à-vis de mon binôme, qui ne sont même pas fondées. Nous terminons de préparer notre petite jument dont la taille m’attendrie : je n’ai pas l’habitude de monter de si petits chevaux.
Enfin la carrière. Les débutants sont les premiers à monter à cheval pour travailler au pas. Les anciens les accompagnent à pied. Encore une fois, me mettre dans la peau d’une monitrice me fait tout drôle, surtout que je ne suis pas pédagogue de nature. Cependant, je m’étonne de voir l’aisance que j’aborde lorsque je donne les consignes. C’est à mon tour de monter pendant que mon « élève » m’accompagne. Aïe, la jument a l’air vif. Je m’éloigne de mon binôme, indépendamment de ma volonté. Je l’appelle mais elle ne m’entend pas. Enfin, c’est ce que je crois. Quelques instants plus tard, elle revient vers moi accompagnée de Marie*, la femme à Julien. Celle-ci m’explique que je ne dois pas l’abandonner et que l’exercice à deux est important. Je réplique en justifiant que ce n’était pas mon attention et que je ne comptais pas me la jouer solo. Ma première impression sur cette débutante était-elle la bonne ? Julien nous demande ensuite de nous séparer de nos camarades afin de trotter et galoper. J’ai du mal à orienter la jument, elle préfère suivre les copains au trot ou au galop. Voyant que j’ai des difficultés à capter son attention, Marie se focalise sur moi. Sa précieuse aide me permet de réussir les exercices de Julien.
L’heure de la pause arrive. Évidemment, je ressens la faim que lorsque je descends de cheval. Nous allons manger à l’ombre des arbres. Pendant que je place les couverts, je remarque la piscine juste à côté. C’est la première fois que j’en vois une depuis qu’on m’a diagnostiqué l’épilepsie. J’observe mon amie et un autre cavalier en maillots de bain, près à aller barboter dans l’eau. Oh, ce n’est pas grave, les piscines ne me manquent pas tant que ça, après tout. Je me rabats sur une balançoire en me demandant si elle ne va pas céder sous mon poids d’adulte. J’en n’avais pas fait depuis mes douze ans. À cette époque là, j’en n’étais déjà plus trop fan. Je suis donc surprise de retrouver la sensation que j’avais quand j’étais gosse. C’est la douleur au niveau des hanches qui me rappelle que j’ai grandi et grossi depuis et me signale que je dois m’extirper de la balançoire. Je rejoins les quelques personnes qui sont déjà à table. Nous connaissant déjà auparavant, ces mecs me taquinent sur mon âge et ne sont pas étonnés que je suis allée faire de la balançoire.
Après avoir mangé avec appétit (je signale que c’est la première fois que j’arrive à bien manger après une séance avec Julien), les « expérimentés » se rendent à la carrière tandis que les autres resteront près des boxes pour un cours théorique dispensé par Marie. Je monte une jument grise. Contrairement à moi, elle a l’air sûr d’elle et sait ce qu’elle veut. Cependant, elle est aussi têtue que moi. Ce comportement me fait bien rire. Nous réussissons à trouver un terrain d’entente puis prenons plaisir à galoper ensemble, tellement de plaisir que j’oublie ma peur de la vitesse. C’est dingue, pour la première fois je me laisse aller et ne me crispe pas. Ravie d’avoir réussi à ne pas me laisser envahir par la peur, je me rends avec les trois autres cavaliers au manège pour des exercices avec des barres au sol. J’ai une légère appréhension : malgré la confiance que me procure ma monture, je n’oublie pas que j’étais angoissée par ce type de travail depuis ma chute après un obstacle, avec Julien. Je suis celle ayant le plus de difficultés à contrôler le rythme et rester sur la piste. Le point positif est que j’amuse la galerie en répétant à voix haute les conseils de Julien qui s’égosille la voix, exténué par mes bêtises.
Le cours se termine. Nous douchons nos chevaux. J’en profite pour confier à mon amie que c’est la première fois que je me sens fière de moi après une séance. « Enfin ! « , dit-elle. Nous nous douchons à notre tour puis rejoignons les autres à table où on se presse de manger avant l’arrivée de l’orage. Nous réussissons à rentrer quelques minutes avant la tombée de grêlons puis prenons notre dessert. La soirée se termine sur des jeux de carte. Je finis par abandonner mes compagnons de jeux après une partie pour retrouver mon lit. Je m’endors, ravie et fière de mon progrès.
Amy C.
*Prénom changé








