20/08/19

Ayant merveilleusement bien commencé la semaine, je suis ravie de constater que mon optimiste soit toujours au rendez-vous. Aujourd’hui, je reste tranquillement à la maison où j’alterne travail, cours, blogs et tâches ménagères. Je réussis même à faire une petite sieste. Cela faisait longtemps que je n’avais pas aussi bien dormi.

Ecrire 20/08/19 me permet de revenir sur un drôle de rêve que j’ai fait hier soir. Encore une fois, j’étais en pleine séance d’équitation avec Julien, avant de retrouver ma meilleure amie pour rentrer sur Paris. Ce rêve était vraiment étrange, on aurait dit une version plus sombre de mon séjour à Arcachon : vu la couleur du ciel, je pense que nous étions en fin de journée. Je montais un cheval prénommé Radis, que je ne connais pas en réalité. Il était gris, comme l’une des juments que j’ai monté près d’Arcachon et avec qui je m’entendais bien. Cependant, la personnalité de Radis ressemblait plus à celle de l’autre jument qui m’a donné du fil à retordre au départ. Dans ce rêve, j’avais énormément de mal à monter Radis. C’était un choix de Julien, qui, comme avec la jument réelle, souhaitait me faire travailler avec des chevaux moins réceptifs. À la fin de la séance, plusieurs cavalières accouraient vers moi pour me demander pourquoi est-ce que Julien me faisait monter des chevaux que personne ne voulait monter. Il me semble avoir répondu qu’il avait sans doute de bonnes raisons et que je lui faisais confiance, pour ne pas dire, par peur de paraître trop prétentieuse, que Julien me jugeait apte à monter de tels chevaux. Après avoir quitté le centre équestre, je partais rejoindre ma meilleure amie afin de quitter l’hôtel. Cette dernière n’était pas prête et ne se pressait pas : elle n’hésitait pas à prendre son temps sous la douche et se fichait de moi. Énervée, je décidai de la laisser et partir seule, avant de revenir sur ma décision. Nous avions fini par rater l’autocar qui devait nous ramener en région parisienne.

Ce rêve me rend perplexe, je ne sais pas quoi en penser. Par rapport à la réalité, tout est amplifié, que ce soit ma difficulté lors de la séance ou l’agacement que j’ai ressenti face à mon amie. Je n’arrive pas à comprendre sa signification et quel message il veut me délivrer. Julien m’a-t-il surestimé ? Me suis-je montrée trop stricte envers mon amie ? Ce rêve me laisse sur ma faim.

Amy C.

19/08/19

Une belle journée s’annonce : au menu, déjeuner et balade à Paris avec une amie du collège/lycée. Revoir le soleil briller et enfiler une nouvelle veste m’ont mise de bonne humeur. Cependant, ces petits bonheurs du quotidien ne suffisent pas à expliquer mon bon état d’esprit. En effet, écrire 17/08/19 m’a particulièrement fait du bien. Coucher et extérioriser mes pensées m’ont permis de me vider la tête, mais surtout d’appliquer mes propres mots et me donner les moyens de ne pas broyer du noir. Ces mots sonnent à mon oreille comme une promesse que je fais à moi-même.

Dans le RER, je navigue entre mon travail et mes cours que je dois réorganiser pour préparer ma très prochaine rentrée scolaire. Je dois avouer que je ne me sens pas prête à reprendre les cours. Je me console en me disant « qui dit rentrée, dit reprise de l’équitation ». Je suis excitée rien qu’à l’idée d’y penser, surtout que je revois Julien pour un concours en octobre. Finalement, même si je me montre impatiente de commencer l’année équestre, je trouve que c’est une bonne chose que je reprenne les séances qu’en octobre. Le mois de septembre sera plus léger, ce qui me permettra d’aborder l’année 2019-2020 en douceur.

Je retrouve mon amie à Paris. Nous mangeons et flânons au quartier Montmartre en racontant nos dernières nouvelles. C’est la première fois depuis longtemps que j’arrive à me détendre complètement. Je laisse toute limite de temps de côté, et profite de l’instant présent et de la vue que m’offre le Sacré-Cœur, sans modération. Cependant, n’est-ce pas dommage que je n’arrive à profiter de mes vacances que maintenant ?

Même dans ces instants où je me laisse aller, je ne cesse de penser aux chevaux. J’ai clairement ce sport dans la peau, j’y pense nuit et jour. Je fais part de ce constat à mon amie et me souviens que, hier encore, j’en parlais à mes collègues. Ceci ne devrait pas me surprendre, car l’équitation est pour moi le robinet qui permet de délivrer ma dose d’oxygène. À croire que j’ai commencé à vivre à 20 ans.

Notre balade se poursuit au Jardin des Tuileries, où nous finissons notre virée parisienne sur une note gourmande : granité pour l’une, barbe à papa pour l’autre.
En rentrant chez moi, je me sens d’attaque à appeler mes parents et mes frères, et à me replonger dans mes cours. Je ne pensais pas être capable d’y retourner avec enthousiasme et efficacité. Désormais, c’est avec plus de sérénité que j’envisage ma rentrée scolaire. Merci 19/08/19, j’ai passé une bonne journée.

Amy C.

17/08/19

C’est avec la pluie que je me lève ce matin. Le programme est chargé : récupération de colis, ménage, coiffure, réunion… Dans ce marathon, je m’octroie une pause pour rendre visite à celle qui m’a supportée durant notre sejour à Arcachon. Ensemble, nous revivons notre voyage en énumérant les points positifs et négatifs. Je me souviens avoir pas mal ennuyé mon amie avec mon désir de monter à cheval. Elle me reprochait même de privilégier mon stage au détriment de nos visites touristiques. Nous nous sommes pourtant mises d’accord en amont : moitié cheval, moitié visite. Elle m’a accompagné durant les premières séances, avant de décider de prolonger ses nuits quand je partais le matin. Pour passer plus de temps avec elle, j’ai réduit ma dernière séance à une heure, et je ne regrette pas cette décision. Celle-ci nous a permis de profiter de la dune du Pilat durant quelques instants. Me suis-je montrée égoïste ? Pas cette fois-ci. Dès le départ, je me suis fixée des limites avec Julien : nos séances n’ont pas dépassé les deux à quatre heures de séances par jour.

Solitaire et souvent occupée par mes nombreuses activités, j’accorde peu de temps à mes amis. Quand je ne suis pas en train de courir après le temps, j’aime être seule, ce qui est, cependant, un luxe que j’ai aussi du mal à me payer. Un tel comportement peut paraître égoïste ou malheureux, mais rappelons que nous n’avons pas tous la même définition du bonheur. La solitude permet de mieux me connaître, de réfléchir et de faire un retour sur moi-même. Ceci m’aidera à apprendre à m’aimer et à m’assumer, c’est essentiel pour que je puisse enfin me définir comme une personne heureuse. En tant que jeune adulte, j’ai encore du mal à faire abstraction du regard des autres. Sartre disait que « l’enfer c’est les autres », mais c’est aussi nous-même. Nous devons être capable de ne pas se laisser déstabiliser, tenir tête face aux jugements, et être en accord avec nous-même. J’aimerais me réveiller un jour et me dire « aujourd’hui, je vis pour moi, pas pour les autres ».

Mon amie et moi discutons du bienfait que m’a apporté ce stage d’équitation. Pour la première fois, je me suis sentie fière de moi, fière d’avoir réussi à me relever après une période relativement difficile. C’est dingue tous ce qu’on peut faire quand on a confiance en soi ! C’est également la première fois que j’accepte les compliments de Julien sur ma progression, ma technique et mon travail, ce qui m’a fait le plus grand bien. Cette attitude, j’aimerais l’avoir au quotidien et être capable de reconnaître mes qualités, afin de changer le regard que j’ai sur moi. Je veux arrêter d’être un danger pour moi et de m’auto-détruire, personne ne m’aimera à ma place. Voilà mon but, voici ma définition du bonheur.

Amy C.

16/08/19

Aujourd’hui, le soleil et la chaleur sont de retour. Je m’apprête à retrouver des amis près de Paris. Tranquillement installée dans le RER, je repense au rêve que j’ai fait le lendemain soir de mon retour en région parisienne : Julien faisait cours à d’autres cavaliers et à moi. Ces cours là ne ressemblaient en aucun point à la réalité. En effet, Julien nous enseignait les maths, à cheval. Ce Julien avait l’air résigné et lassé, comme s’il nous faisait cours à contre cœur. Quant à moi, dans ce rêve, je n’avais aucune envie d’être là et disais à Julien que je ne voulais pas faire ses exercices de maths. J’ai fini par les faire, sous ses ordres et malgré ma volonté.

Ce rêve m’a assez perturbée et m’a réveillée en plein milieu de la nuit. J’essaie de comprendre sa signification : connaissant Julien, je crois qu’il est difficile de trouver plus passionné par les chevaux que lui. Il n’abandonnerait pour rien au monde l’idée qu’il se fait de l’équitation et du respect de l’animal. Je sais que, dans son parcours pour partager son enseignement à travers toute la France, on lui a mis des bâtons dans les roues. J’en ai même payé les frais durant mon CSO de février. Le rêve représenterait ainsi les obstacles qu’il a rencontrés : les maths feraient référence à l’enseignement traditionnel. à l’Education nationale qui instaure le même programme scolaire dans chaque école publique. J’ajoute que j’ai toujours détesté cette matière, ce qui expliquerait pourquoi je ne voulais pas faire les exercices dans le rêve. Julien résigné et lassé montrerait son abandon de véhiculer ses valeurs face à une aussi grande institution, admise par tous. Il aurait donc fini par se plier aux enseignements traditionnels de l’équitation.

J’espère que Julien et son association arriveront à atteindre leur but. Ils m’ont pris sous leurs ailes, j’espère être capable de leur rendre l’appareil un jour.

Amy C.

15/08/19

Jour de l’Assomption. À force d’enchaîner les nuits blanches, je profite de cette journée pour annuler mes sorties et me reposer, ce qui est un bien grand mot : je suis juste incapable de rester inactive. Je désigne le temps comme ennemi et responsable de mes insomnies et de certains maux. Il me fuit et ma vie est une perpétuelle course contre la montre. S’il y a bien quelque chose que je déteste, c’est de perdre mon temps, chaque perte est une occasion ratée d’accomplir quelque chose et le temps n’est pas rattrapable. Je n’arrête pas de me dire que j’ai besoin de repos, tout comme mes proches et mes médecins. Cependant, quand j’arrive à trouver du temps pour moi et m’efforce à me reposer, je culpabilise de ne rien faire de constructif. Je ressens le besoin de travailler, avancer, progresser, faire un pas de plus dans ma vie pour la rendre chaque jour un peu plus meilleure. Je me suis donc installée dans un cercle vicieux, et ne trouve pas la brèche. Est-ce le temps mon ennemi ? Non. C’est moi, qui repense sans arrêt à des événements passés et qui me bat pour m’octroyer un futur, sans passer par la case présent.

Ma neurologue a cité l’hyperactivité en parlant de mon cas. Sur le coup, j’ai pris cela comme une parole en l’air, les médecins ne m’ont jamais diagnostiqué ce trouble. Il est vrai que je souffre d’un manque d’attention, que je suis anxieuse et que je suis incapable de tenir en place, mais est-ce suffisant pour me décrire comme hyperactive ? Voilà une question à poser lors de ma prochaine consultation. Si ce trouble m’est dépisté, on pourrait dire qu’entre l’hyperactivité, la méningite bactérienne et l’épilepsie, j’aurais fait un joli tour des maladies neuro, non ? A seulement 21 ans. Qui est la suivante ? L’AVC ?

Voyant que ma journée détente est à nouveau un échec, je décide de bosser mes cours de l’an passé, effectuer des changements administratifs et réorganiser tous mes documents et dossiers, suite à mon emménagement dans mon premier appartement. En rangeant mes affaires, je tombe sur une plaque et des flots obtenus lors de mes compétitions équestres. Je décide de les mettre de côté et m’en servirai peut-être pour décorer ma chambre, une fois que celle-ci sera entièrement meublée. Revoir ces récompenses est l’occasion pour moi de me remémorer quelques souvenirs…

10/02/19

C’est sous un soleil timide que je me rends au centre équestre où se déroulera le concours de saut d’obstacles pour les Galops 2 à 4. Je connais bien les installations, c’est là que j’ai débuté l’équitation et que je monte chaque semaine depuis presque un an. C’est en tant que Galop 2 que je me présente à mon tout premier concours équestre. Il est non officiel. Je n’ai jamais vu autant de voitures sur le parking. Avant de préparer ma jument, je retrouve des cavaliers au club house. J’adore l’ambiance bon enfant qui s’y est installée : tout le monde discute, rit, blague… Le stress me guette lors de la détente, et monte d’un cran lors de la reconnaissance de parcours. Celui-ci n’est pas bien difficile et je n’ai pas peur de chuter, ni de faire face à un refus, encore moins de faire tomber une barre. Ce qui m’effraie, c’est mon incroyable incapacité à mémoriser quoique ce soit. Cette peur m’empêche de me concentrer sur le parcours et sur les derniers conseils de la monitrice. Je décide donc de refaire le parcours à pied une dernière fois, avant que la cloche ne sonne. Je laisse place à la première concurrente. Parcours sans faute, 1 min 27 s. La seconde passe. Chrono rallongé. Les premiers passages me permettent de répéter mentalement le parcours. Ça y est, je le connais par cœur. Me voilà rassurée et sûre de moi. Je m’éloigne de la carrière afin de rester près de la jument avec laquelle je vais concourir. Ayant souvent travaillé avec elle, je l’adore et j’ai confiance en elle, même si elle est réputée pour ne pas être très commode. Notre tour arrive. Je me place devant le jury. Je sais que je dois saluer, mais je ne le fais pas. Aïe, finalement le stress ne m’a pas quitté et me joue déjà des mauvais tours. L’adrénaline monte. Le son du galop sur la carrière trempée m’annonce que ma partenaire a senti mon énergie. Nous franchissons le premier obstacle, puis le second, le troisième… Je sens ma jument légère, libérée, attentive. C’est bon signe. Déstabilisée par la vitesse de son galop, je n’anticipe pas le cinquième obstacle. Je m’éloigne de mon tracé et fait une volt pour me remettre dessus. Aïe, je sens que cette manœuvre va me coûter chère. Étonnamment, je ne me démonte pas et me prépare à sauter le numéro cinq. Je n’ai jamais sauté un obstacle de cette hauteur et me retrouve déséquilibrée. C’est tranquillement que nous enchaînons les autres obstacles et terminons le parcours. La voix du commentateur retentit. 4 pts de pénalité. 1 min 27 s au chrono, le même temps que celui de la première cavalière. La monitrice me félicite pour ce premier parcours, ainsi que des cavalières plus expérimentées qui expriment leur étonnement face à la rapidité et au rythme du galop de la jument. C’est vers elle je me tourne afin de l’embrasser et l’enlacer. Je la remercie pour cette première expérience qu’elle a su m’offrir. On annonce les résultats : malgré mon chrono qui aurait pu, je pense, me placer environ cinquième, je termine à la seizième place du classement, sur dix-huit ou dix-neuf concurrentes. Ceci ne ternie cependant pas ma joie d’être là et je suis contente de cette première fois. Avant de quitter le club, je récompense ma jument d’un jour avec une carotte et une pomme bien méritées. C’est le sourire aux lèvres que je retourne dans ma petite chambre d’étudiante, je sais que je vais bien dormir ce soir.

Amy C.

14/08/19

Je me réveille vers 1 heure du matin. Impossible de fermer l’œil. Je désactive le mode « avion » de mon téléphone et commence à écouter des chansons de la série Grand Galop, ce qui me replonge dans mes souvenirs d’enfance. Cela doit faire bien dix ans que je n’ai pas réécouté la playlist. Fan de la série et de ses chansons, je me revois assise sur l’un des poufs du salon le samedi soir, près de la grande télé. J’étais toujours au rendez-vous pour ne manquer aucun épisode du programme de Gulli, au grand dam de ma mère. Celle-ci changeait parfois de chaîne quand elle en avait marre et pour suivre les infos sur différentes chaînes du câble. Ceci me rendait bien malheureuse. Les jours où je ne me disputais pas avec mes frères, ils me laissaient regarder mon programme favori sur leur télé. Il faut dire que j’embêtais toute la famille avec Grand Galop : je chantais les chansons à tue- tête dès que je rentrais du collège, squattais l’ordinateur familial pour regarder des vidéos et mettre le son au maximum, suppliais ma mère pour acheter les produits dérivés…

Aujourd’hui, c’est d’une autre façon que j’ennuie mes proches : maintenant que j’ai obtenu l’autorisation médicale pour pratiquer le sport qui me passionne depuis toute gamine, je monte sans compter, ce qui les inquiète. Chute, accident, perte de vue, crise épileptique… Voici le champ lexical utilisé pour justifier leur peur. Cependant, même si je refuse de laisser cette peur m’envahir, je ne peux faire l’autruche : un choc peut provoquer chez moi un décollement de rétine (donc cécité) tandis qu’une crise peut me faire chuter. Épileptique et déficiente visuelle, il n’est pas étonnant que je suscite de l’inquiétude.

Pourquoi suis-je passionnée par les chevaux ? Je ne saurai l’expliquer. Je sais que j’étais très jeune quand j’ai commencé à m’intéresser au monde de l’équitation, et que je regardais plusieurs séries, films et dessins animés sur ce thème. Devrais-je poser la question à ma mère ? Encore faut-il que j’arrive à renouer le dialogue avec elle… Jusqu’à mes 20 ans, je ne vivais cette passion que par procuration. J’adorais m’inventer et écrire des histoires à ce sujet. Un jour, alors que j’entamais mes études en masso-kinésithérapie, l’un de mes professeurs me propose de monter à cheval avec un moniteur sensibilisé à la déficience visuelle. C’est là que je rencontre Julien et que l’aventure commence.

Amy C.

13/08/19 (Hommage à Iona Sclater)

Enfin une journée paisible. Je me lève un peu plus tard que d’habitude et vaque à mes occupations : course, rangement, visionnage de vidéos YouTube… Bref, ma journée type de repos. En consultant mon fil d’actualité Facebook, je tombe sur une publication annonçant le décès récent d’une jeune cavalière britannique, Iona Sclater. C’est avec une certaine appréhension que je me dirige vers la page du journal équestre GrandPrix. Là, s’affiche sur mon écran la photo d’une jeune fille en plein parcours de cross. La première chose que je remarque c’est son sourire. Fauchée en pleine jeunesse, cette adolescente de 15 ans est tuée par sa passion, par ce qui la rendait heureuse. Je pense à la douleur que doivent ressentir ses proches. Parmi eux, il y avait sans doute des personnes qui l’encourageaient (elle était l’un des espoirs du complet britannique) et d’autres, qui peut-être, la mettaient en garde contre les risques de la pratique du sport équestre. Selon British Eventing, Iona était « exceptionnellement talentueuse et dévouée ». Je ne la connaissais pas, mais je pense ne pas me tromper quand j’affirme que sa passion et son courage l’ont menée à faire des exploits dans sa discipline et qu’elle ne reculait pas devant la difficulté, et ce malgré les risques encourus. Bravo championne, repose en paix.

Amy C.

10/08/19

Mon amie et moi sommes de retour en région parisienne avant le levé du soleil. Nous passons à l’aéroport afin de récupérer une navette qui nous emmènera à une gare RER. Cela fait plusieurs années que je n’ai pas mis les pieds dans un aéroport. Je m’abandonne à la rêverie en m’imaginant partir à l’étranger pour une séance d’équitation ou un concours. Ceci me rappelle un rêve que j’ai fait il y a plusieurs semaines : dans ce rêve, j’attendais un avion et étais entourée d’un groupe de personnes. Je possédais une grande valise en aluminium (que je n’ai pas dans la vie réelle) qui était ouverte à même le sol. Accroupie, j’organisais frénétiquement mes affaires et je pense que j’étais déjà habillée en tenue de concours.

Ce rêve reflète bien ma personnalité : j’aime l’ordre et l’organisation, ce qui expliquerait le rangement de la valise. La frénésie et le fait que je sois en tenue de concours avant même d’arriver à destination correspondraient à de la nervosité et à un certain stress d’être en retard. En ce qui concerne le groupe, il était composé d’amis ou camarades qui essayaient de me rassurer, ce qui peut faire écho au soutien que m’ont apporté certaines personnes, alors que je traversais un événement difficile vers la fin de mes partiels. Dans ce groupe, se trouvaient au dernier plan des personnes que j’apprécie moins ou que je connais peu. Est-ce une référence à mon besoin de reconnaissance ?

Le décor du RER me fait revenir à la réalité et me rappelle que mes vacances sont terminées. En effet, ma rentrée scolaire arrive dans quelques jours. J’ai l’habitude d’emprunter cette ligne du RER tous les samedis pour mes reprises quotidiennes durant l’année scolaire. Malheureusement, je ne ressens pas autant d’excitation qu’avec Julien à l’idée de reprendre les cours d’équitation dans mon écurie habituelle. J’aime ce centre équestre, surtout ses chevaux qui me mettent en confiance, ainsi que la monitrice de mon niveau que j’apprécie beaucoup. Cependant, je me sens moins à l’aise avec d’autres moniteurs. Je ne vais pas en aborder la raison aujourd’hui.

Arrivée dans mon appartement, je fais le bilan de mon séjour à Arcachon et de mes vacances d’été. Ma situation actuelle due à l’événement cité plus haut m’a obligée à limiter mes déplacements en dehors de ma région natale. Je la quittais uniquement pour les stages que m’avait proposés Julien. Initialement, je ne pouvais pas assister au premier qui a eu lieu près de Bourges en juillet (je pense qu’il était réservé aux personnes qui montent moins régulièrement). Je m’estime heureuse d’avoir eu finalement la possibilité de m’y rendre, suite au désistement d’un participant. Ce stage a signé ma « renaissance » en selle, suite au traumatisme d’une chute provoquée par ma maladie. C’est durant ce stage que Julien m’avait annoncé qu’il ne pouvait pas travailler avec moi en août comme cela était prévu, dans son haras. Il m’avait expliqué qu’il devait remplacer un moniteur d’un club près de Bordeaux et que je pouvais y monter à cheval si j’avais prévu d’y passer des vacances. Je me souviens avoir pris ses mots pour une plaisanterie et avoir répondu que je ne comptais pas m’y rendre. C’est l’un des premiers cavaliers de Julien, qui, ayant écouté notre conversation, m’avait expliqué qu’il était sérieux et que je devrais y aller. Dans le doute, j’ai recontacté Julien deux semaines plus tard, en prétextant que j’avais finalement décidé d’y passer quelques jours. Vous connaissez la suite.

Amy C.

09/08/19

Je me réveille pour la dernière fois sous le soleil de la Côte sud-ouest et me prépare donc pour ma dernière séance d’équitation estivale. Je quitte la chambre discrètement, afin de ne pas réveiller mon amie. En attendant Julien devant l’hôtel, je repense à son retard de quarante minutes la veille. J’avais fini par m’asseoir sur le bord d’un trottoir et n’avais que ma bombe pour me tenir compagnie. Cette image de moi en tenue d’équitation, ma bombe sur les genoux et sans aucune autre affaire illustre bien mon état d’esprit : l’équitation est l’unique élément qui me fait vibrer et rêver, m’évade de la réalité et est le sport pour lequel je suis prête à chambouler plusieurs aspects de ma vie. Je me souviens même être allée à l’encontre de contre-indications médicales, il y a quelques temps, juste pour le plaisir de monter et m’amuser avec les chevaux. Je sais que ce n’est pas bien intelligent comme comportement et que cela peut paraître puérile, mais je me permets de privilégier ma santé mentale que celle physique quand cela m’est possible.

Aujourd’hui, Julien vient me récupérer avec moins de retard. Pour cela, je ne pourrais jamais en vouloir à cette personne extrêmement bienveillante envers moi et ses autres cavaliers. Pour moi, il est bien plus qu’un moniteur, c’est un ami qui, à travers les séances, m’apprend à mieux me connaître, à avoir une meilleure estime de moi et révèle certains aspects de ma personnalité, allant même jusqu’à m’aider à comprendre mon « addiction » pour l’équitation.

Dans la carrière, je réitère l’exercice de la veille, cette fois-ci avec un cheval avec lequel je n’ai pas encore travaillé. C’est de loin le plus haut équidé que je n’ai jamais monté. Qu’est-ce qu’il est beau et majestueux ! Pendant que je me laisse impressionner par cette monture, Julien se concentre sur deux autres cavalières. Durant mes temps de pause, je m’arrête et l’écoute enseigner sa façon de monter. Cela fait près d’un an et demi que je le connais et que j’entends ses mêmes paroles. Je ne m’en lasse pas : son enseignement est beau, respectueux et éthique, faisant toujours placer au premier plan le bien-être animal et son plaisir. Il partage des valeurs que j’ai tout de suite adoptées. Je ne pense pas que je serais aussi amoureuse de l’équitation si j’avais commencé ce sport avec un moniteur plus « traditionnel ». Les cours avec Julien sont précieux et malheureusement, je n’ai pas la chance d’y assister de façon hebdomadaire. Nous nous reverrons qu’en octobre, à l’occasion de mon premier concours dans son club.

C’est avec un petit pincement au cœur que je quitte l’écurie, ses chevaux et Julien. Je reprends mes cours dans mon centre habituel en octobre. Je crois que le mois de septembre sera long…
Mon amie et moi terminons notre séjour sur la magnifique vue que nous offre le sommet de la dune du Pilat. Nous arriverons à Paris le lendemain au petit matin. Retour au statu quo.

Amy C.

08/08/19

Je commence la journée avec une visite en bâteau du bassin d’Arcachon. Malgré le beau temps, la magnifique vue et les commentaires enjoués du guide, je ne cesse de penser à ce qui m’attend en fin de journée. En effet, la veille, Julien* m’avait proposé de reprendre les enchaînements d’obstacles. Je n’avais pas fait cet exercice depuis des mois avec lui. Ce travail ne m’effraie plus. Cependant, j’ai une nouvelle peur, celle de ne pas être capable de retenir un parcours. En effet, je me suis rendue compte de cette difficulté lors de cours et de mon premier CSO dans le centre équestre où je monte régulièrement. Je sais que j’ai toujours eu du mal à retenir un itinéraire et à m’orienter dans l’espace. Cependant, je ne pensais pas que ce souci m’empêcherait d’atteindre l’une des premières places du concours : en effet, malgré un joli chrono, je me retrouve vers le bas du classement pour une volt effectuée afin de corriger mon parcours (j’ai donc reçu des points de pénalités).

Je ne peux donc m’empêcher de penser à cet « handicap » quand mon moniteur me présente les obstacles. Il a vite compris que la technique n’était pas ma difficulté. Il s’amuse donc à changer plusieurs fois le parcours pour m’exercer à cette gymnastique de l’esprit. Je laisse rapidement la peur de me tromper et de décevoir le coach m’envahir. Je perds ma concentration, la séance se rallonge. Au coucher du soleil, elle se termine enfin. Je suis déçue de moi, mais surtout je m’en veux de faire bosser la jument plus longtemps que prévue. Observant mon attitude, Julien m’explique que mon cerveau est « comme un enfant auquel on n’aurait sans cesse dit qu’il était dernier de la classe et qui finit délinquant alors qu’il aurait pu être quelqu’un de bien ». À ce moment là, je sens mes yeux s’embuer de larmes. J’ai tellement envie de lui dire que son exemple est malheureusement vrai, que j’ai été une enfant qui a vécu des choses qu’un enfant ne devrait pas connaître. J’en garde des séquelles qui m’handicapent dans tous ce que j’entreprends. Je suis d’accord avec lui, me rabaisser ne m’aidera pas à m’améliorer, mais comment agir autrement quand c’est ce qu’on m’a appris à faire depuis l’enfance ?

Amy C.

*Moniteur, prénom modifié