
Jour de l’Assomption. À force d’enchaîner les nuits blanches, je profite de cette journée pour annuler mes sorties et me reposer, ce qui est un bien grand mot : je suis juste incapable de rester inactive. Je désigne le temps comme ennemi et responsable de mes insomnies et de certains maux. Il me fuit et ma vie est une perpétuelle course contre la montre. S’il y a bien quelque chose que je déteste, c’est de perdre mon temps, chaque perte est une occasion ratée d’accomplir quelque chose et le temps n’est pas rattrapable. Je n’arrête pas de me dire que j’ai besoin de repos, tout comme mes proches et mes médecins. Cependant, quand j’arrive à trouver du temps pour moi et m’efforce à me reposer, je culpabilise de ne rien faire de constructif. Je ressens le besoin de travailler, avancer, progresser, faire un pas de plus dans ma vie pour la rendre chaque jour un peu plus meilleure. Je me suis donc installée dans un cercle vicieux, et ne trouve pas la brèche. Est-ce le temps mon ennemi ? Non. C’est moi, qui repense sans arrêt à des événements passés et qui me bat pour m’octroyer un futur, sans passer par la case présent.
Ma neurologue a cité l’hyperactivité en parlant de mon cas. Sur le coup, j’ai pris cela comme une parole en l’air, les médecins ne m’ont jamais diagnostiqué ce trouble. Il est vrai que je souffre d’un manque d’attention, que je suis anxieuse et que je suis incapable de tenir en place, mais est-ce suffisant pour me décrire comme hyperactive ? Voilà une question à poser lors de ma prochaine consultation. Si ce trouble m’est dépisté, on pourrait dire qu’entre l’hyperactivité, la méningite bactérienne et l’épilepsie, j’aurais fait un joli tour des maladies neuro, non ? A seulement 21 ans. Qui est la suivante ? L’AVC ?
Voyant que ma journée détente est à nouveau un échec, je décide de bosser mes cours de l’an passé, effectuer des changements administratifs et réorganiser tous mes documents et dossiers, suite à mon emménagement dans mon premier appartement. En rangeant mes affaires, je tombe sur une plaque et des flots obtenus lors de mes compétitions équestres. Je décide de les mettre de côté et m’en servirai peut-être pour décorer ma chambre, une fois que celle-ci sera entièrement meublée. Revoir ces récompenses est l’occasion pour moi de me remémorer quelques souvenirs…
10/02/19
C’est sous un soleil timide que je me rends au centre équestre où se déroulera le concours de saut d’obstacles pour les Galops 2 à 4. Je connais bien les installations, c’est là que j’ai débuté l’équitation et que je monte chaque semaine depuis presque un an. C’est en tant que Galop 2 que je me présente à mon tout premier concours équestre. Il est non officiel. Je n’ai jamais vu autant de voitures sur le parking. Avant de préparer ma jument, je retrouve des cavaliers au club house. J’adore l’ambiance bon enfant qui s’y est installée : tout le monde discute, rit, blague… Le stress me guette lors de la détente, et monte d’un cran lors de la reconnaissance de parcours. Celui-ci n’est pas bien difficile et je n’ai pas peur de chuter, ni de faire face à un refus, encore moins de faire tomber une barre. Ce qui m’effraie, c’est mon incroyable incapacité à mémoriser quoique ce soit. Cette peur m’empêche de me concentrer sur le parcours et sur les derniers conseils de la monitrice. Je décide donc de refaire le parcours à pied une dernière fois, avant que la cloche ne sonne. Je laisse place à la première concurrente. Parcours sans faute, 1 min 27 s. La seconde passe. Chrono rallongé. Les premiers passages me permettent de répéter mentalement le parcours. Ça y est, je le connais par cœur. Me voilà rassurée et sûre de moi. Je m’éloigne de la carrière afin de rester près de la jument avec laquelle je vais concourir. Ayant souvent travaillé avec elle, je l’adore et j’ai confiance en elle, même si elle est réputée pour ne pas être très commode. Notre tour arrive. Je me place devant le jury. Je sais que je dois saluer, mais je ne le fais pas. Aïe, finalement le stress ne m’a pas quitté et me joue déjà des mauvais tours. L’adrénaline monte. Le son du galop sur la carrière trempée m’annonce que ma partenaire a senti mon énergie. Nous franchissons le premier obstacle, puis le second, le troisième… Je sens ma jument légère, libérée, attentive. C’est bon signe. Déstabilisée par la vitesse de son galop, je n’anticipe pas le cinquième obstacle. Je m’éloigne de mon tracé et fait une volt pour me remettre dessus. Aïe, je sens que cette manœuvre va me coûter chère. Étonnamment, je ne me démonte pas et me prépare à sauter le numéro cinq. Je n’ai jamais sauté un obstacle de cette hauteur et me retrouve déséquilibrée. C’est tranquillement que nous enchaînons les autres obstacles et terminons le parcours. La voix du commentateur retentit. 4 pts de pénalité. 1 min 27 s au chrono, le même temps que celui de la première cavalière. La monitrice me félicite pour ce premier parcours, ainsi que des cavalières plus expérimentées qui expriment leur étonnement face à la rapidité et au rythme du galop de la jument. C’est vers elle je me tourne afin de l’embrasser et l’enlacer. Je la remercie pour cette première expérience qu’elle a su m’offrir. On annonce les résultats : malgré mon chrono qui aurait pu, je pense, me placer environ cinquième, je termine à la seizième place du classement, sur dix-huit ou dix-neuf concurrentes. Ceci ne ternie cependant pas ma joie d’être là et je suis contente de cette première fois. Avant de quitter le club, je récompense ma jument d’un jour avec une carotte et une pomme bien méritées. C’est le sourire aux lèvres que je retourne dans ma petite chambre d’étudiante, je sais que je vais bien dormir ce soir.
Amy C.